Dans la Grande Beuverie – roman de René Daumal – l’existence est le théâtre d’une immense farce qui mène vers l’échec, son ultime porte de sortie (avec deux autres notifiant l’infirmerie et la folie). Le contexte est serré, et seul le rire est salutaire, avec bouffonnerie et grande soif au choix du breuvage ouvert. Certes, ce dernier remède – tout comme la vodka pour les russes – serait presque parfait s’il n’y avait quelques inconvénients. Mais c’est sans compter sur le duo Trapier Duporté, et leur Sac à dos poche de vin (2015). Si Totochabo – pataphysicien – reste comme le canis latrans peu compris de la fine fleur des évadés, ce monde dans sa farouche existence continuera à creuser son large Déficit Public d’Utopies Collectives. N’étant pas de confession nihiliste mais plutôt bon vivant, nos deux artistes n’en produisent pas moins leurs visions d’une scène universelle sous un angle d’approche à prendre de biais. Soyons honnête, il faut le reconnaître – sans le soutien apéritif et la pintade fumée – l’art conceptualisé ne résisterait pas au ciment armé d’un sang de porc. Auscultant – lucide caustique et fanfaron – l’époque où ils sont nés, notre duo de plasticiens constate que désormais La fête atteint sa vitesse de croisière [bien que] Les particules du vin circulent librement, comme dans l’espace Schengen. Avec Inside the wine cube, 2015, une tente-serre-sauna d’exploration provisoire (sous vapocraquage aviné) – véritable piège sudorifère – pousse le visiteur illico presto vers une autre destinée. Ricard Island, 2015, par exemple : C’est une maquette de paysage posée sur tréteaux, celle d’une île mythique au parfum anisé que chaque français connaît, mais à effet de fragrance répulsive. Eclairée d’un falot, elle n’en réanime pas moins Le Mont analogue, et sa montée sur l’ombre d’une ivresse inachevée. Le projet de Thiers restera métaphorique, parabolique et instable, voire chamarré d’agents contradictoires, culinaire, odoriférant ou non. Comme le disait déjà Georges Braque, c’est la surprise qui fait l’évènement.

Frédéric Bouglé - Février 2016