Ni ex post, ni ex ante, mais présent.

« S’il est vrai que le monde est mauvais, alors l’une des questions qui doit nous obséder sur tous les plans (…) est celle de savoir comment ne pas être complice, de fait, des systèmes de pouvoirs ? Comment concevoir une pratique dysfonctionnelle de la pensée ? »
G.de Lagasnerie, Penser dans un monde mauvais, 2016, Puf.

Au premier comme au second : degré, abord, mi temps; le travail de Trapier Duporté est dysfonctionnel. Il ne convoque rien et reste éloigné. L’oeuvre en présence ne se donne pas: que ce soit un pot de plante avec des bouteilles retournées, une tente faite de chutes de sacs poubelles,
une odeur délicieuse et pourtant rance… A l’inverse de toute une fange de l’histoire de l’art,
ces formes hétéroclites, prosaïques n’appellent pas.
Vous n’avez pas à pencher la tête, lever un sourcil et frotter un peu plus sur la lampe. Rien ne se produit, et c’est là pourtant, qu’apparaît un corps, à la fois social et individuel. Le travail des artistes est ici celui de la dissidence contre le système de l’art, de l’économie de la culture. Car si on ne souhaite pas prendre part à ce système, pourquoi se forcer à en produire les formes fantasmées ?
Le travail est en soi un renversement, un processus qui n’est pas inné, qui déforme la nature et fait détourner le regard. Comme un rack lumineux de spots halogènes fixés sur une armature recouverte de Get27. La fête est terminée, a-t-elle jamais commencé ? Etre aveuglé ou contourner l’objet, l’immanence de la production artistique est dans l’oeuvre de Trapier Duporté le manifeste de son destin funeste. Chez Trapier Duporté, il y a une absence de lâcheté dans le processus de création.
L’objet est, non pas pour ce qu’il pourrait être ou advenir, mais pour ce qu’il est, là et maintenant.
Il n’y a plus de réceptacle. Il n’y a que des vases retournés, des vases autonomes dans lesquels, malgré tous nos efforts, nous ne pouvons pas mettre de fleurs. Et là réside, selon moi, la définition d’une nouvelle esthétique, honnête, forte, sans concessions et, osons le mot, si sale dans nos bouches vulgaires : vraie

Guillaume Clerc - Mai 2017