Trapier Duporté est un duo d’artiste que nous avons formé en 2014. Notre pratique, plurielle, a la particularité d’utiliser des éléments organiques tel un médium, venant dialoguer avec les autres matériaux de nos pièces. Spots de chantier, serre de jardin, cables électriques visibles, nous assemblons divers éléments et objets pour en faire sculptures et installations dans une esthétique du bricolage. Nos environnements sont immersifs et polysensuels. L’odeur y est une question centrale : nous
explorons notamment les notions d’aura odorifère, de bordure olfactive.
Territoire autour de l’oeuvre, l’aura odorifère marque un espace d’appréhension. Sa bordure en est le seuil perceptif.
Trapier Duporté interroge la notion du tragique dans le monde contemporain. Notre travail se déploie entre goût et dégoût, entre envie et fatigue. Gravité, écoulement, clair obscur, nos formes se situent à la frontière de l’espoir et du désespoir : dans la zone salvatrice du tragicomique.

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La compréhension des odeurs essentielles a bâti l’humanité. Elles s’adressent à une zone très ancienne du cerveau. Cette profondeur explique sans doute le transport provoqué par certaines senteurs. Elles nous ramènent à des instincts élémentaires, à une part animale, presque mythique désormais.
À l’aide d’installations, de sculptures ou encore d’images, nous cherchons à créer des atmosphères où se mêlent odeurs, jeux de lumières et sensations corporelles. Notre gamme de matériaux est étendue. À la céramique, au bois, au métal et aux autres médiums, vient s’ajouter un élément organique. Nous utilisons régulièrement des aliments comme matière à sculpter, en exploitant leur potentiel odorifère et leur devenir entropique.
Nos pièces s’inscrivent dans le contexte d’un monde entre flux et reflux, entre espoir et nausée. Nous considérons l’univers comme une fête au sens d’une dépense d’énergie, d’une exaltation. De cette fête, nous parcourons la phase hésitante, le troisième quart, celui de la transition qui relie l’enthousiasme de la montée à la descente, où survient la fatigue. Quand l’énergie vient à manquer, on ne peut échapper à une période de décompensation. Aussi est-il légitime de l’envisager, tant d’un point de vue tragique qu’ironique sous la forme d’un possible bad trip planétaire.

« Quant à moi, j’étais très mal assis sur un porte-bouteilles, ce qui me donnait une apparence de profonde méditation, alors que j’étais simplement abruti, le plafond bas, très bas, la visière de l’intellect baissée jusqu’aux sédiments de l’humeur. »

René Daumal, La grande Beuverie, Gallimard, 1938.